Port artificiel d'Omaha Beach

Site en plein air, accès libre
Port artificiel d'Omaha Beach
Photo: U.S. Army Photo (Public domain)

Deux ports préfabriqués furent remorqués à travers la Manche en juin 1944. Voici l'autre. Le Mulberry A fut assemblé au large d'Omaha, fonctionna à peine une semaine et fut détruit par la grande tempête du 19 au 22 juin. Ses caissons de béton gisent encore, épars, entre Vierville-sur-Mer et Colleville, visibles du front de mer à marée basse et mieux compris depuis le panneau d'interprétation dominant la sortie de Vierville.

Tous ceux qui viennent en Normandie entendent parler du port Mulberry, et presque tous pensent à celui d'Arromanches, où les caissons dessinent encore un grand arc que l'on photographie depuis la falaise. Il y en eut deux. Le second fut construit ici, au large d'Omaha Beach, et c'est lui qui explique les fragments pâles éparpillés sur l'eau entre Vierville-sur-Mer et Colleville. Le Mulberry A est le port qui a échoué, et son histoire est la plus instructive des deux.

Pourquoi construire un port

Les planificateurs du Débarquement affrontaient un problème sans bonne réponse. Une armée débarquée a besoin d'un port, et tous les ports de la côte française étaient fortifiés, minés et promis à la destruction avant toute capture. Le raid de Dieppe, en 1942, avait montré le prix d'un assaut contre un port défendu. On décida donc d'apporter le port avec soi.

Les éléments furent construits en Grande-Bretagne et remorqués en pièces détachées : des caissons de béton creux appelés Phoenix, coulés en ligne pour former une digue ; de vieux cargos et navires de guerre sabordés bout à bout en première protection, les Gooseberries ; des chaussées flottantes d'acier, les Whales, reliant la côte à des têtes de jetée montant et descendant sur des pieds plantés dans le fond. L'assemblage commença un ou deux jours après le Débarquement.

Huit jours

Le Mulberry A prit forme au large de Saint-Laurent-sur-Mer et fonctionnait à la mi-juin : les véhicules quittaient les têtes de jetée et roulaient sur la chaussée flottante jusqu'au sable. Les photographies du 16 juin montrent l'ensemble fonctionnant exactement comme prévu, et il faut s'y arrêter, car cela ne dura pas.

Le 19 juin, un coup de vent de nord-est se leva et souffla trois jours durant. Ce fut la pire tempête que la Manche eût connue depuis des décennies, et elle venait précisément de la direction où les digues protégeaient le moins. Les chaussées Whale se disloquèrent, les caissons se déplacèrent et se fendirent, et les embarcations furent jetées à la côte par dizaines. Le 22 juin, le Mulberry A n'était plus qu'une épave. Il fut abandonné, et ce qui pouvait l'être fut récupéré et emmené vers l'est pour renforcer Arromanches, mieux abrité et rescapé.

La suite est la partie que l'on omet d'ordinaire. Le ravitaillement continua d'arriver à Omaha malgré tout, débarqué directement sur la plage depuis les navires à marée basse et évacué à mesure que l'eau se retirait. Dans les mois qui suivirent, cette plage écoula un tonnage considérable sans le moindre port. Le génie déployé ici fut magnifique, et il s'avéra ne pas avoir été indispensable.

Ce qu'il y a vraiment au large

N'attendez pas Arromanches. Il n'y a pas d'arc. Ce qui subsiste est une dispersion de caissons brisés et de restes de navires sabordés sur plusieurs kilomètres, parfois loin au large, souvent recouverts à marée haute. Reportez-le sur une carte : aucune forme nette n'apparaît, car la tempête, quarante ans de récupération et la mer n'en ont laissé aucune.

Le meilleur point de vue est le front de mer, à la sortie de Vierville, où un panneau d'interprétation restitue le plan du port face au paysage. Venez à marée basse par temps clair et vous distinguerez des masses sombres au large. Venez à marée haute et vous ne verrez rien, ce qui est assez honnête : ce site se visite surtout en imagination, et les photographies de 1944 en disent plus long que l'horizon.

Informations pratiques

Le panneau et le belvédère se trouvent sur le front de mer de Vierville-sur-Mer, là où la D517 descend vers la plage. Un parking se trouve en bas de la route, la promenade à quelques pas. Ni billet, ni portail, accessible à toute heure.

Comptez vingt minutes, davantage si la mer est basse et que vous souhaitez marcher sur le sable. La promenade est plate et ferme et se prête bien au fauteuil roulant ; la plage en contrebas, non. Aucun abri, et le vent y souffle sans répit.

Associez la visite à la sculpture Les Braves et aux mémoriaux qui jalonnent la plage vers l'est, ainsi qu'au cimetière américain de Normandie, sur la falaise au-dessus de Colleville-sur-Mer. Et si vous voulez le contraste qui donne tout son sens à ce lieu, filez ensuite vers l'est jusqu'à Arromanches regarder le port qui, lui, a tenu.

Front de mer, Vierville-sur-Mer, Calvados
Viewpoint accessible at all hours Free open access on the Vierville-sur-Mer seafront, where an interpretation panel explains the harbour's layout. The remains themselves are offshore and largely submerged: low water on a clear day shows dark shapes out in the bay, high water shows nothing. Check a tide table before making a special trip.

Photos

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