Les Braves
La sculpture en acier inoxydable d'Anilore Banon se dresse sur le sable de Saint-Laurent, seul mémorial d'Omaha Beach que la marée atteint deux fois par jour. Installée pour le soixantième anniversaire en 2004, elle réunit trois éléments intitulés les Ailes de l'Espérance, Debout la Liberté et les Ailes de la Fraternité. À marée basse on en fait le tour à pied ; à marée haute elle se dresse dans la mer.
La plupart des mémoriaux sont bâtis au sec, au-dessus de l'événement qu'ils rappellent. Celui-ci non. La sculpture d'Anilore Banon se dresse sur le sable d'Omaha Beach, devant Saint-Laurent-sur-Mer, sous la laisse de haute mer : la Manche recouvre son pied deux fois par jour puis se retire. C'est en tout cas le seul mémorial de cette côte qui garde avec la marée le même rendez-vous que les péniches de débarquement.
La sculpture
Anilore Banon, sculptrice française, a réalisé l'œuvre pour le soixantième anniversaire du Débarquement, en 2004. Elle est en acier inoxydable, choisi pour résister à une immersion permanente dans l'eau salée, et elle ne forme pas un objet mais trois, rapprochés et conçus pour être lus ensemble.
L'élément central s'intitule Debout la Liberté. De part et d'autre se dressent les Ailes de l'Espérance et les Ailes de la Fraternité. Les formes ne sont volontairement pas figuratives. Pas de soldats ici, pas de fusils, pas de rampes de débarquement, mais de hautes lames qui s'inclinent et s'ouvrent comme quelque chose qui sortirait du sable. Les visiteurs y voient des ailes, des flammes, ou des silhouettes debout. La sculptrice a expliqué avoir voulu rendre présents les morts de la plage sans illustrer leur mort.
Depuis le rivage, l'œuvre est une silhouette sur l'eau. Depuis le bord de l'eau, avec les falaises derrière elle, l'échelle s'inverse et la sculpture paraît petite sur une plage immense. Les deux lectures méritent d'être vécues, ce qui plaide pour marcher jusqu'à elle plutôt que de la photographier depuis la promenade.
Où elle se dresse
L'emplacement n'a rien d'arbitraire. La sculpture se tient à peu près à hauteur de la sortie dite des Moulins, l'une des rares trouées de la falaise que l'assaut devait ouvrir pour quitter le sable. Le vaste estran plat qui s'étend devant elle est le terrain que les premières vagues ont traversé sous le feu des hauteurs, notamment celui du point d'appui Widerstandsnest 62, plus à l'est au-dessus de la sortie de Colleville.
À quelques pas se dresse le Monument Signal, l'un de ces jalons de pierre placés le long de la côte du Débarquement dans les années d'après-guerre, dont l'inscription rappelle que les forces alliées ont débarqué sur cette plage et libéré l'Europe. Le rapprochement est instructif : le monument officiel des années 1950, et la sculpture bien moins littérale de 2004, posée sur la plage elle-même.
Ce que la marée en fait
Consultez les horaires de marée avant de venir, car ils changent entièrement la visite. À marée basse, la mer se retire de plusieurs centaines de mètres et l'on peut faire le tour de la sculpture sur le sable ferme, seule façon de mesurer la distance que l'assaut a dû franchir à découvert. À marée haute, elle se dresse dans l'eau et ne se voit que depuis le rivage.
Aucun des deux états n'est le mauvais. Beaucoup trouvent la version immergée la plus émouvante, et c'est bien la raison pour laquelle la sculpture a été placée là. Mais pour se tenir dessous, il faut le jusant.
Informations pratiques
On rejoint la sculpture par le front de mer de Saint-Laurent-sur-Mer, là où la D517 descend vers la plage aux Moulins. Un parking se trouve en bas de la route et l'accès à la plage à quelques pas. Ni billet ni portail : la plage est un espace ouvert à toute heure.
Comptez une demi-heure, davantage si la mer est basse et que vous voulez parcourir l'estran. Le sable mouillé et ferme se prête mieux au fauteuil roulant que le sable sec du haut de plage, mais aucun cheminement aménagé ne mène à la sculpture et l'approche se fait entièrement sur le sable. La promenade du front de mer en offre une vue dégagée à qui préfère ne pas s'y engager.
L'étape s'inscrit naturellement dans une matinée sur cette portion de côte. Le cimetière américain de Normandie occupe la falaise un peu à l'est, l'Overlord Museum le jouxte à Colleville-sur-Mer, et Vierville-sur-Mer ferme l'extrémité ouest de la plage. Prenez une veste : l'estran est totalement exposé et le vent vient droit de la Manche.