Montebourg
Une ville sur la route de Cherbourg presque entièrement détruite lors de violents combats à la mi-juin 1944, alors que le VIIe corps américain se frayait un chemin vers le nord de la péninsule du Cotentin face à une résistance allemande déterminée.
Montebourg est de ces lieux dont toute l'importance, en juin 1944, tenait simplement à leur emplacement. La ville s'étire le long de l'ancienne Route Nationale 13, l'axe direct des plages du Débarquement à Cherbourg, et les deux camps savaient que qui la tenait commandait la progression vers le nord du Cotentin. Pour les Allemands, c'était un bouchon dans le goulot ; pour les Américains, un obstacle qu'il fallait briser. Il fut brisé, et la ville avec lui.
La bataille pour la route de Cherbourg
Après le débarquement à Utah Beach et la prise de Sainte-Mère-Église, la 4e division d'infanterie américaine du major-général Raymond Barton remonta vers le nord de la presqu'île. Vers le 10 juin, ses régiments avaient atteint les abords de Montebourg, et là, l'avance se figea. Les troupes allemandes de la 709e division d'infanterie et d'autres unités du Cotentin s'étaient retranchées sur les hauteurs autour de la ville, et pendant plus d'une semaine la ligne de front ne bougea presque pas. Ce ne fut pas la libération rapide de certains villages côtiers, mais un combat d'usure, statique, fait de duels d'artillerie et d'attaques locales, mené dans un bocage qui favorisait le défenseur.
Le blocage ne céda qu'au lancement de la grande offensive concentrée du VIIe corps vers Cherbourg. Au petit matin du 19 juin, les régiments de Barton manœuvrèrent pour déborder la ville plutôt que de l'enfoncer de front, la contournant à l'est et à l'ouest. Ses voies de repli menacées, le commandant allemand ordonna la retraite, et Montebourg tomba vers le 19-20 juin. En quelques jours, les forces américaines poussaient déjà pour investir Cherbourg.
Une ville réduite en cendres
Tenir Montebourg ne coûta aux Allemands aucun scrupule, et la prendre ne coûta aux Américains guère de retenue : la ville fut pilonnée par l'artillerie terrestre, l'aviation et les canons lourds des navires au large. Quand les combats s'éloignèrent, Montebourg n'était plus qu'un champ de ruines, où quelques centaines de civils seulement s'abritaient encore parmi les décombres. Elle figure, avec Valognes voisine, parmi les villes du Cotentin quasiment effacées au prix du port de Cherbourg.
La victime la plus parlante fut l'église médiévale Saint-Jacques. Son haut clocher de pierre, édifié au début du XIVe siècle, offrait un poste d'observation idéal, et les observateurs d'artillerie allemands s'en servaient pour régler leurs tirs sur les Américains qui progressaient. Les artilleurs de la marine répliquèrent en visant la tour elle-même : un obus perça la face sud du clocher, la couronne et le transept sud s'effondrèrent, et les toitures du chœur et du transept nord prirent feu. Ce qui avait guidé les obus allemands des jours durant ne fut plus qu'une carcasse calcinée.
À voir aujourd'hui
Montebourg est aujourd'hui une paisible ville de marché, et ce calme est lui-même le récit : presque tout ce que l'on voit relève de la reconstruction d'après-guerre. Placez-vous devant l'église Saint-Jacques et levez les yeux vers la flèche. Ce n'est pas la rescapée qu'elle paraît, mais une reconstitution fidèle : la flèche fut relevée en 1950, la charpente du clocher l'année suivante, et l'église rendue au culte en 1952, reconstruite à l'identique de ce que les bombardements avaient détruit. Sachant cela, l'œil se met à lire tout le centre autrement, ses façades sages de pierre et d'enduit appartenant aux années 1950 plutôt qu'aux siècles anciens.
Cherchez aussi le monument aux morts de la ville, qui honore les morts locaux comme les soldats alliés tombés ici, et les bâtiments néo-romans de l'abbaye, en lisière de ville, héritiers d'un monastère dont les origines remontent à l'époque de Guillaume le Conquérant. Montebourg récompense le voyageur qui s'arrête au lieu de passer en route vers Cherbourg ou Sainte-Mère-Église : c'est une leçon sur la manière dont un lieu put être si totalement détruit, et si volontairement relevé.
Informations pratiques
Montebourg s'étire le long de l'ancienne N13, devenue la D974, qui longe la voie rapide de Cherbourg ; quittez celle-ci à la sortie Montebourg et vous êtes dans le centre en une minute. Garez-vous autour de la place de l'église ou sur la place du marché, toutes deux gratuites et rarement pleines. L'église, le monument aux morts et le centre-ville sont en accès libre.
Une heure suffit largement, et il vaut mieux la passer sans se presser : l'intérêt de Montebourg tient à ce que l'on remarque sur les bâtiments, non à un monument en particulier. Ajoutez une demi-heure si l'église est ouverte et que vous voulez voir de l'intérieur le clocher reconstruit.
Le centre est plat, goudronné et facile en fauteuil roulant comme en poussette, l'église, la place et le monument se trouvant à quelques centaines de mètres les uns des autres ; les ruelles anciennes ont des trottoirs étroits et quelques bordures hautes. C'est une bonne halte sur la route du nord, qui s'associe bien aux deux grandes positions d'artillerie côtière situées à l'est, la Batterie d'Azeville et la Batterie de Crisbecq, à dix minutes de là, qui racontent l'autre moitié de la bataille du Cotentin.