Chef-du-Pont
Un petit village au sud-ouest de Sainte-Mère-Église où la 82e division aéroportée américaine combattit les 6 et 7 juin 1944 pour s'emparer d'un pont et d'une chaussée sur la Merderet inondée, un passage essentiel pour relier le largage aéroporté au débarquement d'Utah Beach.
La plupart des visiteurs qui filent entre Sainte-Mère-Église et Utah Beach traversent Chef-du-Pont sans ralentir. C'est dommage, car ce paisible village au bord de la Merderet a donné son nom à l'un des combats de petites unités les plus acharnés du Débarquement aéroporté américain - un affrontement décidé non par des régiments, mais par quelques dizaines d'hommes épuisés qui refusèrent de lâcher un pont.
Pourquoi un hameau comptait
Les défenseurs allemands avaient ouvert les vannes et inondé les basses terres le long de la Merderet, transformant ce qui ressemblait sur les cartes alliées à de simples champs en un lac peu profond. Deux passages restaient au sec : la chaussée de La Fière et, un peu plus au sud, le pont et la longue chaussée surélevée de Chef-du-Pont. Qui tenait ces points contrôlait le franchissement de la rivière - et les divisions aéroportées, larguées à l'intérieur des terres dans la nuit du 5 au 6 juin, en avaient besoin pour faire la jonction avec les troupes débarquées à Utah, à une douzaine de kilomètres à l'est. La prise de ces passages figurait parmi les premières missions de la 82e division aéroportée dans le cadre de l'opération Overlord.
Le combat pour le pont
Au matin du 6 juin, le général de brigade James Gavin détacha une force de fortune d'une centaine de parachutistes - des hommes des 507e et 508e régiments d'infanterie parachutiste, dispersés et mêlés par un largage très éparpillé - sous les ordres du lieutenant-colonel Edwin Ostberg, et les envoya le long de la voie ferrée vers Chef-du-Pont. Ils atteignirent la gare sans résistance, mais en s'élançant vers le pont les Allemands ouvrirent le feu depuis les maisons, touchant plusieurs hommes et imposant un lent nettoyage, maison par maison. Dans l'assaut final, Ostberg fut atteint et tomba dans la rivière, d'où on le tira vivant.
La crise survint le soir. Une puissante contre-attaque allemande se développant à La Fière, au nord, Gavin rappela l'essentiel des renforts, laissant le capitaine Roy Creek, du 507e, tenir le pont avec environ trente-quatre hommes. Le feu direct de l'artillerie et la pression d'éléments du Grenadier-Regiment 1057 les réduisirent à une vingtaine. Creek se souviendra du moment où un agent de liaison lui apporta l'ordre de Gavin de « tenir à tout prix » - nouvelle peu réjouissante pour une poignée d'hommes déjà à bout. Puis deux choses renversèrent la situation : un C-47 largua des conteneurs de ravitaillement presque sur leur position, et des troupes fraîches arrivèrent avec un canon antichar qui réduisit enfin au silence l'artillerie allemande. Un petit groupe traversa à l'assaut, et les derniers Allemands tentant de fuir par la chaussée furent abattus sur la route à découvert. Le jugement de Creek sur sa troupe disparate, pour la plupart au feu pour la première fois, resta sobre : ils s'en étaient bien tirés - ils avaient pris leur pont et l'avaient tenu. Des jours de durs combats restaient à venir avant que les passages ne soient pleinement sécurisés.
À voir aujourd'hui
Le village est petit et se parcourt aisément à pied. Le pont sur la Merderet fut officiellement rebaptisé en l'honneur de Roy Creek en 2000, en présence du vétéran lui-même, et un modeste mémorial rappelle son combat ; il vécut jusqu'en 2016, s'éteignant à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans. Placez-vous sur le pont et regardez vers l'ouest, le long de la chaussée : cette route étroite et surélevée, l'eau ou le marais s'étendant souvent de part et d'autre, est précisément le terrain à découvert que les parachutistes durent franchir et tenir. La vallée est aujourd'hui drainée, mais par temps humide on lit encore pourquoi un remblai au sec valut tant de vies.
Suivez la voie ferrée vers le nord-ouest et vous marchez sur l'axe qu'empruntèrent les hommes d'Ostberg vers la gare. Chef-du-Pont se visite naturellement avec La Fière et son mémorial « Iron Mike », à quelques minutes en voiture, et les deux passages se comprennent mieux ensemble - La Fière, l'épisode célèbre ; Chef-du-Pont, plus discret et tout aussi désespéré, sur le flanc. Venez en dehors des heures d'affluence et vous aurez sans doute le pont pour vous seul, ce qui est la bonne manière d'en prendre la mesure.
Informations pratiques
Chef-du-Pont se trouve sur la petite route à l'ouest de la N13, à quelques minutes au sud de Sainte-Mère-Église, et le pont se situe à la sortie ouest du village, là où la route quitte les maisons et s'engage sur la chaussée. Il n'y a pas de parking visiteurs : on se range sur l'accotement près du mémorial, ou bien on laisse la voiture dans le village pour descendre à pied, ce qui ne prend que quelques minutes et reste la meilleure façon d'arriver.
Une demi-heure suffit, à moins de vouloir parcourir une portion de la chaussée, auquel cas comptez une heure. Les rues du village et la route du pont sont plates et revêtues : un fauteuil roulant ou une poussette y passent sans mal, à cette réserve près qu'il n'y a pas de trottoir au niveau du pont et que les engins agricoles y circulent vite ; serrez bien. La berge et les lisières de champs sont accidentées, couvertes d'herbe humide une bonne partie de l'année, et ne valent pas la peine d'être tentées sur roues. Le site est en libre accès et gratuit, sans réservation et sans horaires de fermeture.
Faites cette étape dans le même mouvement que le franchissement de La Fière, à quelques minutes au nord, pour que les deux passages se répondent, et terminez à Sainte-Mère-Église, où le largage dispersé qui a jeté ces hommes dans les mauvais champs est raconté en détail à l'Airborne Museum.