Authie
Un village au nord-ouest de Caen où des soldats canadiens faits prisonniers furent assassinés par des hommes de la 12e division SS Panzer le 7 juin 1944. Un mémorial en bord de route rappelle l'un des crimes de guerre les plus tristement célèbres de la campagne de Normandie.
À peine six kilomètres séparent Authie de la lisière nord de Caen, et le deuxième jour de l'invasion cette courte distance fut le point le plus avancé atteint par les Canadiens. Ce qui s'est passé dans ce village agricole ordinaire le 7 juin 1944 reste dans les mémoires moins pour le terrain pris ou perdu que pour le sort réservé à des hommes qui avaient déjà déposé les armes.
L'avance stoppée ici
Au matin du 7 juin, les North Nova Scotia Highlanders de la 9e brigade d'infanterie canadienne progressent vers l'intérieur depuis la tête de pont de Juno, portés par les chars Sherman des Sherbrooke Fusiliers et cheminant à leurs côtés. Leur objectif se situe au-delà d'Authie : l'aérodrome de Carpiquet et les hauteurs au nord-ouest de Caen. C'est le premier jour au combat du régiment, et ils s'avancent droit dans la zone de rassemblement de la 12e division SS Panzer « Hitlerjugend », une formation composée en grande partie d'adolescents encadrés par des vétérans aguerris. Depuis son poste de commandement de l'abbaye d'Ardenne toute proche, Kurt Meyer observe les colonnes canadiennes traverser des champs de blé à découvert et lance le 25e régiment de Panzergrenadiers SS contre leur flanc exposé.
La contre-attaque frappe le plus durement la compagnie de tête, dans Authie même. Le combat se poursuit de maison en maison jusqu'à ce que les Canadiens, encerclés et à court de munitions, se rendent. À la fin de la journée, quatre-vingt-quatre North Novas sont morts, les Sherbrooke ont perdu une quinzaine de chars, et les survivants ont été repoussés par Buron. Le village restera aux mains des Allemands pendant tout un mois, jusqu'à ce que les Canadiens le dégagent lors de l'opération Charnwood, début juillet.
Un crime de guerre, pas une bataille
Ce qui distingue Authie, c'est ce qui suivit la reddition. Des prisonniers sont abattus sur place, d'autres achevés à la baïonnette ou battus à mort. Dans l'une des images les plus tristement célèbres de la campagne, les corps de Canadiens tués sont délibérément écrasés par un char puis traînés dans la rue du village, exposés à la vue des habitants français. Parmi les assassinés figurent des hommes tués ensemble dans la cuisine d'une maison du village, ainsi qu'un brancardier portant un brassard de la Croix-Rouge, abattu aux côtés du blessé qu'il soignait.
Les tueries d'Authie n'étaient qu'un commencement. Les prisonniers faits ici et aux alentours furent conduits à l'abbaye d'Ardenne, où, dans les jours suivants, quelque dix-huit Canadiens furent exécutés dans le jardin de l'abbaye. Ce sont surtout les témoignages des habitants d'Authie eux-mêmes - de simples villageois qui avaient vu les corps dans leur rue - qui contribuèrent plus tard à faire condamner Meyer lors de son procès pour crimes de guerre en 1945, où sa peine de mort fut commuée en détention à perpétuité.
À voir aujourd'hui
Le village reconstruit ne laisse guère deviner 1944, mais en son cœur s'ouvre la bien nommée place des Canadiens, où se dresse le mémorial principal. Son inscription est sobre et voulue telle : elle rappelle qu'ici et dans les champs alentour les North Nova Scotia Highlanders reçurent leur « baptême du feu », et nomme les quatre-vingt-quatre soldats et sept habitants d'Authie tombés ce jour-là. Cherchez la plaque distincte dédiée aux civils, placée à proximité : les sept villageois y sont honorés à part entière, rappel que le prix de la Libération fut payé autant par les habitants que par les soldats.
Authie se comprend mieux au regard des sites qui l'entourent. L'abbaye d'Ardenne, où les prisonniers furent conduits et assassinés, se trouve à quelques minutes de route au sud et se visite ; son jardin du souvenir est souvent parsemé de petits drapeaux à la feuille d'érable laissés par les pèlerins canadiens. Buron, juste au nord, et le mémorial des Sherbrooke Fusiliers complètent un circuit resserré que l'on parcourt à pied ou en voiture en une matinée. Tenez-vous sur la place des Canadiens et orientez-vous vers le nord, en direction des plages : les champs que les Highlanders ont traversés, sans pouvoir s'y maintenir, s'ouvrent devant vous.
Informations pratiques
Authie a été absorbée par l'extension nord-ouest de la ville et s'atteint le plus simplement depuis le périphérique, à quelques minutes du centre et fléchée à travers les faubourgs voisins. Il n'y a pas de parking visiteurs : le mémorial se dresse sur la place des Canadiens, au milieu du village, et l'on se gare dans la rue à côté comme dans n'importe quel quartier résidentiel. Le site est en plein air, gratuit, et accessible à toute heure.
Vingt minutes ou une demi-heure suffisent, à moins de pousser à pied vers les champs. La place est pavée et plate, et les monuments sont posés au niveau du sol : la visite se fait sans difficulté en fauteuil roulant ou avec une poussette ; dès que l'on suit les chemins vers le nord et les terres cultivées, les revêtements se dégradent, avec des portions totalement dépourvues de trottoir.
C'est une halte brève plutôt qu'une destination, et elle prend tout son sens dans une matinée qui embrasse l'abbaye et le terrain compris entre ici et la côte. Le Mémorial de Caen n'est qu'à quelques minutes et fournit le contexte de la campagne qu'un monument en bord de route ne peut pas donner.