Trun
Une petite ville à l'entrée de la poche de Falaise, traversée de combats par les forces canadiennes et polonaises à la mi-août 1944, tandis qu'elles resserraient le couloir par lequel les armées allemandes encerclées tentaient de s'échapper.
Trun est un endroit qu'on traverse facilement sans s'arreter. C'est une paisible petite ville de marche au bord de la Dives, reconstruite en pierre sobre d'apres-guerre, avec une usine de maquettes en plastique a sa lisiere et un millier d'habitants environ. Pourtant, pendant quelques jours d'aout 1944, ce fut l'un des points les plus disputes de Normandie : la charniere sur laquelle s'est referme la poche de Falaise, et le point de depart de l'action qui valut la seule Victoria Cross de toute la campagne de Normandie.
Le goulot de la poche
A la mi-aout 1944, deux armees allemandes se trouvaient comprimees dans un sac de campagne toujours plus etroit a l'est de Falaise, les Allies resserrant l'etau par le nord, le sud et l'ouest. La seule voie de sortie restante filait vers l'est a travers la vallee de la Dives, par une breche qui se retrecissait entre Trun et le village de Chambois. Tenir cette breche, c'etait piéger des dizaines de milliers de soldats allemands ; la laisser ouverte, c'etait les laisser s'echapper vers la Seine.
Trun a paye sa position. Les Allies avaient d'abord bombarde la ville des juin 1944 pour ralentir les renforts allemands montant vers les plages du Debarquement, et a la mi-aout les raids revinrent en force. Lorsque la 4e Division blindee canadienne prit la ville le 18 aout, environ soixante-dix pour cent de celle-ci etait en ruines, des centaines de batiments detruits ou endommages. Au milieu des decombres, Trun devint aussi un point de rassemblement pour les civils : un centre d'accueil y recueillit un grand nombre de Normands fuyant les combats qui dechiraient leur campagne.
Le pont de Saint-Lambert
Les combats les plus ages ne se deroulerent pas dans Trun meme, mais a trois kilometres au sud, a Saint-Lambert-sur-Dives, ou un pont de pierre sur la Dives portait l'une des dernieres routes de sortie de la poche. Le 18 aout, le major David Currie, du South Alberta Regiment, recut l'ordre de partir de Trun avec une petite force mixte de chars Sherman et de fantassins canadiens pour prendre et tenir le village. Pendant trois jours, ses hommes repousserent les tentatives allemandes repetees de percer, souvent a bout portant, jusqu'a ce que le corridor soit pratiquement etrangle. Currie recut la Victoria Cross, la seule decernee lors de la campagne de Normandie.
Il y a une note de bas de page extraordinaire. Un photographe de l'armee saisit Currie pendant la bataille, pistolet a la main, acceptant la reddition de soldats allemands derriere lui. On la decrit souvent comme la seule photographie jamais prise d'un homme accomplissant, a l'instant meme, l'acte qui lui valut la Victoria Cross.
A voir aujourd'hui
Trun constitue un point de depart naturel pour parcourir la fermeture de la poche, et le terrain lui-meme est la principale piece a conviction. Les petites routes de campagne qui filent vers l'est en direction de Chambois suivent la ligne de fuite allemande, et les crêtes basses et les passages de riviere qui deciderent de la bataille se lisent aisement une fois qu'on sait ce qui s'est passe ici.
L'excursion incontournable est celle du sud, vers Saint-Lambert-sur-Dives. Le vieux pont de pierre pour lequel Currie s'est battu tient toujours, et au-dessus du village le Belvedere des Canadiens, un point de vue en hauteur muni de panneaux explicatifs, deploie le champ de bataille en contrebas et retrace le role des unites canadiennes, polonaises, americaines et francaises. Un peu plus loin, le memorial de Montormel couronne la cote 262, ou les forces polonaises tinrent les hauteurs au moment ou la poche fut scellee, le 21 aout.
A Trun, prenez un instant pour observer la reconstruction uniforme et sobre de la ville, pour ce qu'elle raconte : ce n'est pas un lieu qui a survecu a la guerre, mais un lieu refait a neuf apres elle. Cherchez les petites plaques commemoratives marquant la liberation et les civils qui s'y abriterent. Le calme est justement le sujet. Ce qui est aujourd'hui une paisible vallee agricole fut, l'espace d'une semaine d'aout, le champ de mort ou s'acheva la bataille de Normandie.
Informations pratiques
Trun est sur la D916 entre Falaise et Vimoutiers, loin dans les terres et à une bonne heure de route de la côte. Garez-vous sur la place du bourg et poursuivez à pied ; pour Saint-Lambert-sur-Dives, prenez la D13 vers le sud sur trois kilomètres environ, où l'on trouve de la place au bord de la route près du pont ainsi qu'un petit parking au Belvédère des Canadiens, au-dessus du village. Le pont, le belvédère et les plaques du bourg sont en accès libre et gratuits ; le mémorial de Montormel est payant.
Comptez une demi-journée pour la boucle entière - une heure à Trun et alentour, une heure à Saint-Lambert et au belvédère, et une bonne heure et demie à Montormel, où la géographie prend enfin tout son sens.
Trun et les petites routes sont plats et faciles, et le belvédère offre un accès revêtu et une terrasse panoramique praticable en fauteuil roulant ou avec une poussette ; les chemins de terre qui descendent vers la Dives sont accidentés, souvent boueux, et traversent des terres agricoles en exploitation. Le complément naturel est le Mémorial de Montormel, sur la crête au-dessus de la vallée, avec Chambois et son donjon à l'autre extrémité de la poche.