Port-en-Bessin

Port-en-Bessin
Photo: MathildeEtGeorges (CC BY-SA 3.0)

Un port de pêche niché dans une échancrure des falaises entre les plages de Gold et d'Omaha, capturé par le commando no 47 des Royal Marines après un dur assaut de deux jours sur ses points d'appui latéraux. Il devint un port pétrolier allié essentiel, terminal du pipeline sous-marin PLUTO.

Nichée dans une brèche des falaises de craie, Port-en-Bessin se trouve presque exactement sur la couture entre les débarquements britanniques de Gold et les débarquements américains d'Omaha. Cette géographie la rendait précieuse en 1944 : un véritable port, abrité et assez profond pour être exploité, sur un littoral fait de plages ouvertes. Les Alliés le voulaient intact et vite, et la tâche de le prendre revint non pas aux troupes qui donnèrent l'assaut frontal aux plages, mais à un seul commando de Royal Marines qui aborda la ville par l'arrière.

La bataille pour le port

Le No. 47 (Royal Marine) Commando débarqua sur Gold Beach près du Hamel le matin du Jour J, puis s'enfonça dans les terres et parcourut un long itinéraire sinueux à travers un pays tenu par l'ennemi pour atteindre les hauteurs derrière Port-en-Bessin. Au soir du 6 juin, ils s'étaient retranchés près d'Escures, sur une éminence connue d'après son altitude en mètres sous le nom de Point 72. L'assaut sur le port lui-même eut lieu le lendemain, le 7 juin.

Les défenses de la ville s'articulaient autour de deux points d'appui sommant les falaises, à l'est et à l'ouest, perchés à environ soixante mètres au-dessus du port, un autre point d'appui gardant la route d'accès en contrebas. Après qu'un bombardement naval et des Typhoon tirant des roquettes eurent pilonné les positions, les Marines se frayèrent un chemin dans les rues et vers les falaises. L'attaque sur le point d'appui est faillit échouer : alors qu'une troupe montait la pente découverte et minée, deux bateaux de DCA allemands encore amarrés dans le port firent pivoter leurs canons vers l'intérieur et la fauchèrent en grande partie en quelques minutes.

La situation fut sauvée par une initiative discrète. Le capitaine Cousins, en reconnaissance sur le point d'appui est, découvrit un sentier en zigzag gravissant la falaise que les défenseurs avaient laissé sans surveillance. Dans la lumière déclinante, il conduisit une petite section de quelques officiers et d'environ vingt-cinq hommes à son sommet sans être repéré et tomba sur les fortifications sous un angle inattendu. Cousins fut tué par une grenade lors de l'assaut final contre un blockhaus, mais le point d'appui est fut pris. Une fois celui-ci perdu, la volonté de la garnison allemande s'effondra ; avant l'aube du 8 juin, le commandant et quelque trois cents hommes se rendirent. Le commando avait vaincu, mais à un prix brutal, perdant près d'un tiers de son effectif au cours de l'opération.

D'un port de pêche à un port pétrolier

L'enjeu valait le sacrifice. En quelques jours, les sapeurs firent de ce petit port l'une des artères vitales du débarquement. Il devint un terminal de PLUTO, le réseau de pipelines posé au fond de la Manche, et des pétroliers au large pompaient le carburant à travers des conduites amenées dans le port puis vers les armées à l'intérieur des terres. À son apogée, le port traita d'énormes tonnages quotidiens d'essence, alimentant les chars et les camions de la percée tout au long de l'été 1944.

À voir aujourd'hui

Port-en-Bessin reste un port de pêche en activité, et la meilleure façon de lire le champ de bataille est d'arpenter les quais puis de lever les yeux. Les deux éperons de falaise qui décidèrent du combat s'élèvent de part et d'autre de l'entrée du port ; le mémorial du No. 47 (Royal Marine) Commando se dresse du côté est, bâti sur un blockhaus allemand (Wn 57). En y montant, on retrouve exactement le champ de tir des défenseurs sur le port et la plage au-delà, ce qui rend aussitôt évident le coût de l'assaut à découvert.

Au milieu du port se dresse une robuste tour ronde, édifiée dans les années 1690 selon les plans de Vauban pour protéger le mouillage des raids anglo-hollandais - un rappel que cette brèche dans les falaises valait qu'on se batte pour elle bien avant 1944. Un petit musée dédié se trouve à quelques kilomètres sur la route de Bayeux, à Commes. Les cinéphiles reconnaîtront peut-être le port lui-même : il tint le rôle de Ouistreham dans la fresque de 1962 Le Jour le plus long. Passez une heure sur le quai Félix Faure, regardez les bateaux, et la logique stratégique du lieu s'explique d'elle-même.

Informations pratiques

La ville se rejoint facilement depuis Bayeux par la D6 vers le nord, ou par la route côtière D514 si vous remontez d'une plage à l'autre. Suivez le fléchage du port et utilisez les parkings et les places de quai autour des bassins ; ils se remplissent les jours de marché et tout l'été, auquel cas les rues au-dessus du port offrent en général de la place. Les quais, les sentiers de falaise et le mémorial des commandos sont tous en accès libre et gratuit.

Une heure suffit pour le port et la tour Vauban à un rythme tranquille. Comptez-en deux si vous voulez monter au mémorial sur la falaise est et prendre le temps du panorama, qui est justement ce qui explique la bataille.

Les quais sont plats, pavés et bien adaptés au fauteuil roulant comme à la poussette, et l'on voit la tour, les bassins et les deux falaises sans jamais quitter le plat. La montée vers la falaise est, en revanche, c'est autre chose : sentier raide, marches, passages inégaux et parfois boueux près du sommet, et rebords de falaise sans protection une fois là-haut, alors gardez les enfants près de vous. De bonnes chaussures ne sont pas un luxe. D'ici, la Batterie de Longues-sur-Mer est à quelques minutes vers l'ouest le long de la côte, et le Port Mulberry d'Arromanches à la même distance vers l'est, ce qui fait des trois une boucle toute trouvée pour une demi-journée.

Port-en-Bessin-Huppain, Calvados

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